Je la croise tous les jours, plusieurs fois par jours, cela fait 18,5 ans que je la côtoie et en tout ce temps nous ne nous sommes jamais adressé un mot; juste une infinité de regards. Elle me regarde sans me voir, elle ne voit qu'elle, Narcisse à la source n'aurait fait mieux. D'elle je ne voit que ses yeux cerclés de noir. Ces yeux, ils m'ont dit tellement de choses. Parfois, les mots ne sont qu'un instrument bien futile. Je les ai vu rieurs, tandis que la comissure de ses lèvres se soulevait à demi. Je les ai vu contemplentatifs, perdus dans le vide, protégeant ses pensées, les mettant consciencieusement les unes après les autres hors d'atteinte. Je n'oublierait jamais ses larmes. Elle a deux facon de pleurer; elle pleure de dépit en silence avec juste deux larmes dévalant le sentier sinueux de ses joues pour aller se perdre dans sa nuque. Elle pleure aussi de douleur. Si seulement elle pouvait m'en dire la raison! Impuissant, je ne peux que constater qu'elle rougit, que ses poings se serrent avant qu elle empoigne les deux cotés du lavabo comme une bouée de sauvetage, bien qu'elle sache qu'il n'y aura personne pour la sauver. Les larmes apparaissent, tellement abondantes, ses yeux la brûle et elle pousse les gémissement d'une biche blessée tandis que le noir de ses yeux degouline en un masque sinistre. Il y a les jours sans et meme sang des jours ou je l'ai vu blessée, saigner, un oeil cerclé d'un noir n'ayant aucun rapport avec son crayon. Elle ne me dit rien, elle est trop fière. Si j'avais une âme, son regard percant me la transpercerait. Elle ne laisse personne la juger, elle s'auto-juge elle-même assez severement pour empecher les autres d'en rajouter une couche. Les autres? Mais qui sont-ils? Je ne les connais pas mais ils rythment sa vie et chacune de ses emotions. Quand je la voit souffrir, je me dit encore eux, quand je la voit rire toute seule, me faire des grimaces comiques et se dessiner une moustache et une barbiche a l aide de maquillage je me dis eux encore eux. Je ne lui parle pas, je ne le peux pas, mais je partage avec elle ses 100 visages, ceux qu'elle ne garde que pour moi comme autant de présents que je ne pourrait jamais lui rendre. Je ne peux que la contempler de mon air bienveillant. Je ne connais d'elle que les changement de ses humeurs. On lui connaît des parents, elle se dit volontier francaise, on lui sait quelques passions et des gens proches si proches mais qui est-elle vraiment? Pour moi elle est et restera à jamais l'inconnue du miroir.